Afromoja

À l’occasion de la Biennale de Lubumbashi, la slameuse Jenny Munyongamayi a présenté son concept novateur de « Slam augmenté ». Une performance immersive qui fusionne : son, image, et texte pour révéler la réalité poignante des impacts de la pollution minière sur les communautés locales. Dans cette interview accordée à Culture.cd, l’Artiste partage les motivations et les expériences qui l’ont conduite à créer cette œuvre unique, dédiée aux victimes de la toxicité minière et visant à toucher le public au cœur et à l’esprit.

Culture.cd : Bonsoir Jenny, Madame “Slam augmenté”

Jenny : Bonsoir !

Culture.cd : Nous sommes Culture.cd, média en ligne dont la vision et l’objectif principal est de promouvoir l’art et la culture, les artistes de tout genre, ainsi que tout type de promoteurs et activistes culturels. Vous êtes slameuse, passionnée de l’art du spectacle.
Vous avez créé le concept “slam augmenté” qui se présente comme un moyen d’explorer la fusion de son, d’image et d’écriture en exposition.
Pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous avez choisi d’appeler ce projet “slam augmenté” ?

Jenny : Slam augmenté : parce que le projet met en relation 3 éléments. Le son diffusé dans des casques audio, l’image projetée au mur, et le texte exposé au mur. C’est ce qui fait “slam augmenté”.

Culture.cd : D’accord, mais dans quel contexte l’idée de réunir le son, l’image, et l’écriture en installation ou exposition est-elle née ?

Jenny Munyongamayi : Cette idée est née du fait d’avoir une touche innovante à mes présentations slam.

Culture.cd : Donc, c’est en voulant avoir une touche particulière que vous vous êtes décidée à intégrer des casques audio, des projections murales, et des textes exposés au mur lors de vos prestations slam ?

Jenny Munyongamayi : L’idée de concilier ces trois éléments est de vouloir apporter une touche innovante et une créativité remarquable, car le slam est beaucoup plus scénique et souvent diffusé sur des canaux de distribution officiels. Cependant, ce projet se veut une autre forme de distribution du slam, en dehors de la scène et des canaux de diffusion connus. Une installation sonore imagée : slam augmenté.

Culture.cd : L’idée est donc d’apporter une valeur ajoutée au slam !
Merci pour ces précisions.
Jenny, vous avez mentionné dans votre projet avoir fait des descentes sur le terrain pour toucher la réalité des populations. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces expériences ?

Jenny Munyongamayi : Le thème de cette année de la 8e édition de la Biennale de Lubumbashi est la “toxicité”. Moi, j’ai abordé la toxicité qui touche les enfants et les femmes affectés par des maladies provoquées par la pollution, l’exposition aux radiations minières.
C’est ainsi que j’ai fait plusieurs descentes pour rencontrer ces enfants et femmes qui souffrent de ces maladies, afin que mon écriture soit basée sur des faits réels. Parmi les maladies provoquées par les minerais chez les enfants, j’ai exploré le cancer pédiatrique.

Et chez les femmes, j’ai abordé l’infertilité et d’autres infections… En outre, j’ai mentionné d’autres éléments tels que l’éruption cutanée, les plantations séchées, les eaux polluées… Ces éléments ne viennent pas du néant, ils ont une source, ma descente.

Culture.cd : Ce sont donc là les observations que vous avez faites sur les impacts des radiations sur la population du quartier Kalukako, près du site minier de Ruashi Mining.

Jenny : C’est sur cela que j’ai basé mon écriture. Les conséquences sont énormes. Je me suis focalisée sur cela.

Culture.cd : D’accord, alors comment avez-vous imaginé la diffusion de toutes ces réalités à travers des sons via des casques audio et la projection des images au mur ? Quel effet avez-vous cherché à provoquer chez le public ?

Jenny : La fusion de ces réalités au travers de ces éléments vise à faire en sorte que le son touche les oreilles, l’image touche les yeux, et le texte touche la raison ou l’intellect, pour que le message passe bien.

Culture.cd : Est-ce que cela était le cas ?
Avez-vous observé une réaction spécifique de ceux qui étaient présents face à ce format immersif de “slam augmenté” ?

Jenny : Je pense que cette question est à poser à une personne qui a participé (rire). Moi, j’ai fait mon boulot. Sinon, oui, c’était le cas.

Culture.cd : Je comprends !
Et je crois que ça a été le cas.
Après votre prestation, avez-vous eu des avis positifs des participants, disant qu’ils étaient touchés ou intéressés par les problématiques que vous avez abordées dans votre projet ?

Jenny : Oui, les résultats sont positifs. Beaucoup ont été touchés. J’ai eu des retours à chaque fois que la personne finissait de suivre l’installation.

Culture.cd : Envisagez-vous de présenter “slam augmenté” dans d’autres régions ? Ou avec des thèmes supplémentaires liés aux impacts sanitaires de l’exploitation minière ? Quels autres projets similaires aimeriez-vous explorer à l’avenir ?

Jenny : Oui, le concept de l’exposition sonore imagée est un projet à long terme avec différentes thématiques selon l’inspiration ou un appel.
Par exemple, je peux décider de traduire mes textes en swahili et de faire la même installation pour toucher une autre catégorie de public.

Culture.cd : D’accord !
Avez-vous un message particulier à lancer à ceux qui vous lisent ?

Jenny : Je dédie mon installation à la Biennale de Lubumbashi à toutes les victimes de la pollution provoquée par les mines. Je crois qu’un jour, justice sera faite pour ces vies innocentes ensevelies avant la fin de leur cycle de vie.

Culture.cd : Merci Jenny, nous avons terminé notre interview.
Nous vous remercions pour le temps accordé, surtout pour vos réponses claires et précises.
Croyez-moi, votre lutte est noble. Nous vous soutiendrons de toutes les manières possibles afin que vous et nous obtenions tous gain de cause.
Merci, encore une fois.

Jenny : Merci beaucoup pour l’attention portée à ma personne. Vous faites bien votre travail. C’est une bonne chose à encourager.

Interview enregistrée par Epaphras Ndofula, le 28 Octobre 2024

0 réponse

  1. Bonjour
    Je fais partie de la commission écologie au syndicat Solidaire / on parle souvent des maladies environnementales, et on s appuie sur l institut Henri Pezerat à Lyon 3.

    Ce serait bien de vous rencontrer Cordialement

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